Crise économique, révolution numérique, contrefaçon du métier de la presse,
dérapages des médias grand public sur les sujets de santé, image ternie
du monde médical, monopole de l’indexation des revues en langue anglaise...
La presse des professionnels de santé n’a pas manqué d’être malmenée ces dernières
années au point d’être sérieusement mise à mal, voire d’être menacée...
Et paradoxalement, en 2011, comme les années passées*, tous les lecteurs ont souligné
d’une voix unanime la valeur de l’écrit scientifique en langue française et sa place
dans leur formation continue (84 % des praticiens interrogés reconnaissaient dans
la presse médicale un élément essentiel dans leur formation, devant la participation
à un congrès [73 %], la lecture de manuels [72 %], l’Internet [66 %] et les séances d’enseignements
postuniversitaires [EPU] organisées par les associations professionnelles [51 %]).
C. Damour-Terrasson
Oui, bien entendu, il y a l’ASH qui vient ponctuer
l’année scientifique hématologique.
Il y a les “post-ASH”, les opuscules, nombreux,
réalisés par des experts reconnus, qui reprennent les
informations délivrées, par oral, en poster.
N. Milpied
Voici un latinisme largement
international, dont le sens
premier provient du verbe
transferre, qui a donné en français transférer.
A. Rey
• Lymphome de Hodgkin nodulaire à prédominance lymphocytaire : rituximab d’emblée ou non ?
• Lymphome de Hodgkin avec déplétion lymphocytaire : une entité de plus en plus rare
mais de pronostic sévère
• Que deviennent les patients myélodysplasiques en échec de l’azacytidine ?
• Radiotherapy or not radiotherapy? That is the question!
Coordination : N. Milpied
Le nouvel acronyme “NGS” semble avoir pris son
essor ces 2 dernières années, et tout laisse à penser
qu’il pourrait devenir un élément important
de l’arsenal diagnostique.
NGS pour Next Generation Sequencing, autrement dit :
“séquençage de nouvelle génération”. Cela fait un peu
science-fiction et on se demande ce qui va être séquencé :
des protéines, des gènes de fusion, le génome lui-même ?
Non, pas des protéines, on est là au coeur du moléculaire
des acides nucléiques, et effectivement dans la sciencefiction
d’hier. Applications en onco-hématologie ? On y
arrive, même si une recherche PubMed avec next generation
sequencing lymphoma ou next generation sequencing
leukemia ne trouve encore que 11 revues générales, dont
la majorité a moins de 2 ans. Il nous a donc paru pertinent
de raconter à Juliette de quoi il s’agit ici.
M.C. Béné, G. Cartron
L’année 2011 a été riche en publications concernant la leucémie
lymphoïde chronique, sans révolution toutefois. Trois domaines
principaux intéressent les cliniciens : les facteurs pronostiques,
les traitements actuels et les thérapies futures. Dans la
première catégorie se trouvent l’indémodable NFS, le nombre
de lymphocytes B, le CD69, les lymphocytes T régulateurs, les
chaînes légères libres et, grande nouveauté 2011, les mutations
de NOTCH1 et de SF3B1. Pour les traitements actuels, on retrouve
les grands classiques tels que le R-FC et l’alemtuzumab, les plus
récents tels que la bendamustine et l’ofatumumab, quelques
associations riches en corticoïdes, et des “ancêtres” remis à jour
tels que l’autogreffe. Pour le futur, le lénalidomide confirme
son intérêt et cherche ses meilleures modalités de prescription,
quelques monoclonaux pointent leur nez et une prometteuse
thérapie cellulaire par lymphocytes T autologues exprimant un
récepteur chimérique offre de beaux espoirs pour 2012.
S. Choquet
Peu de progrès majeurs dans la leucémie myéloïde chronique
(LMC) en 2011, mais 2 études peuvent retenir l’attention. L’une
s’intéresse à la qualité de vie des patients atteints de LMC, maladie
qui “impacte” sensiblement le quotidien. L’autre, grande étude
multicentrique, positionne le “petit nouveau” des inhibiteurs
de tyrosine kinase, le bosutinib, comme recours thérapeutique
possible chez les patients intolérants ou résistants aux autres
molécules de cette famille.
L. Legros
Le traitement de référence de la leucémie aiguë myéloïde reste
le même depuis des années, combinant une anthracycline et
de la cytarabine pour obtenir une rémission complète, suivie
d’une phase de consolidation incluant souvent l’allogreffe.
Depuis quelques années, la dissection de cette vaste entité −
notamment par la connaissance génétique − a permis d’affiner
le pronostic de ces hémopathies et de mieux cerner la place de
l’allogreffe. En 2011, un nouveau gène (DNMT3a) a été étudié
par plusieurs équipes, et une première vaste cohorte chinoise
a confirmé l’apport du génotype pour affiner le pronostic. Et,
de nouveau, une étude du HOVON a été réalisée sur les doses
de chimiothérapie, mais avec l’aracytine cette fois. Et, surprise :
toujours plus n’est pas toujours mieux !
E. Raffoux
Dans cette mini-revue concernant les lymphomes, nous
présentons les articles qui ont particulièrement marqué l’année
écoulée. Que ce soit dans les lymphomes diffus à grandes
cellules B, le lymphome à cellules du manteau, le lymphome
folliculaire ou encore la maladie de Hodgkin, plusieurs études
majeures ont jalonné l’année 2011. Parmi ces travaux cliniques
et biologiques, 2 articles sont plus particulièrement discutés.
S. Le Gouill
Les protocoles actuels de traitement des LAL de l’enfant
permettent une survie sans événement de 80 %. Pendant les
années 1990, les hématopédiatres ont fondé leur stratification sur
la réponse initiale au traitement, évaluée avant tout par l’étude de
la maladie résiduelle (points précoces). Les facteurs pronostiques
initiaux (à l’exclusion de l’âge et de la leucocytose) étaient
considérés comme moins importants. Néanmoins, on observe
encore 10 à 20 % de rechutes, y compris chez des patients de
bon pronostic. Des progrès récents en cytogénétique moléculaire
ont permis l’identification de nouveaux événements génétiques
qui sont associés à un plus mauvais pronostic et qui doivent
maintenant être pris en compte. Au minimum, ces nouveaux
facteurs pronostiques doivent faire exclure le patient d’un groupe
de bon pronostic. Dans le même temps, aucun nouvel agent
antileucémique n’a intégré les protocoles de première ligne. Les
groupes coopératifs se sont donc attachés avant tout à mieux
connaître les modalités d’actions et d’emploi d’agents majeurs,
mais qui n’avaient pas toujours été parfaitement évalués, tels que
les corticoïdes (dexaméthasone en particulier), l’asparaginase et
surtout, pour cette année 2011, le méthotrexate.
T. Leblanc
C’est délibérément que, dans cette revue des publications
marquantes de l’année 2011, l’accent est mis sur les greffes
allogéniques à partir de donneurs familiaux non HLA-identiques :
sang placentaire, donneurs non familiaux compatibles ou non,
et donneurs familiaux non compatibles. D’abord, parce que
l’explosion du nombre des allogreffes dans notre pays (et dans
les autres) est liée à la disponibilité accrue de ces sources de
cellules souches hématopoïétiques (CSH). Ensuite, parce que c’est
pour ces greffes, d’introduction plus récente dans notre arsenal
thérapeutique, que se posent le plus de questions quant à leurs
mérites et inconvénients respectifs, sources d’interrogations sans
fin lors des comités de greffe.
N. Milpied
La thalassémie est une maladie rare en France
avec un nombre de patients thalassémiques
majeurs de l’ordre de 350 (1). Au cours des
40 dernières années, des progrès thérapeutiques
réguliers ont transformé le pronostic de cette anémie
constitutionnelle, et l’espérance de vie actuelle
des patients traités par l’association de transfusions
systématiques et d’une chélation du fer régulière est
évaluée à plus de 40 ans (2, 3). Les progrès de ce traitement,
dit “conventionnel”, se poursuivent avec la
diversification des traitements chélateurs du fer et
l’introduction de l’IRM cardiaque dans le dépistage
de la surcharge en fer cardiaque à un stade présymptomatique
(4-7). L’allongement de l’espérance de vie
doit être pondéré par la fréquence des symptômes liés
à la surcharge en fer (atteintes cardiaques, hypogonadisme,
diabète, hypothyroïdie), qui augmente avec
l’âge des patients (1, 3, 8) et l’émergence de nouvelles
complications, telles que l’ostéoporose, qui retentissent
sur la qualité de vie des adultes. De plus, seuls
les sujets compliants à ce traitement à vie peuvent
espérer bénéficier des progrès du traitement.
C. Pondarré, I. Thuret, C. Galambrun, V. Mialou, N. Bleyzac, F. Bernaudin, J.H. Dalle, N. Dhedin