Avant de prendre son élan pour 12 mois intenses de cancérologie, il reste classique de se retourner et de regarder le chemin parcouru au fil de l’année qui vient de s’écouler.
J.F. Morère
Crise économique, révolution numérique, contrefaçon du métier de la presse,
dérapages des médias grand public sur les sujets de santé, image ternie
du monde médical, monopole de l’indexation des revues en langue anglaise...
La presse des professionnels de santé n’a pas manqué d’être malmenée ces dernières
années au point d’être sérieusement mise à mal, voire d’être menacée...
Claudie Damour-Terrasson
L’année 2011 s’achève sur des avancées importantes en matière de cancer du sein. On peut les classer en fonction
des sous-types. Pour les formes exprimant les récepteurs hormonaux, dites “luminales”, progressant après
un inhibiteur de l’aromatase non stéroïdien, un effet majeur d’un inhibiteur de mTOR, l’évérolimus, associé à
l’hormonothérapie a été démontré. Pour les formes HER2+, un double ciblage par 2 anticorps − le pertuzumab
combiné au trastuzumab − entraîne un bénéfice majeur au stade métastatique mais également en néo-adjuvant.
Pour les formes triple-négatives, les nouvelles sont plus sombres avec les résultats négatifs de l’étude de
phase III gemcitabine + carboplatine ± iniparib (inhibiteur de PARP). Les résultats de l’essai randomisé de
phase II avaient suscité de grands espoirs dans cette situation au pronostic particulièrement péjoratif. La place
des disphosphonates en situation adjuvante n’est pas démontrée mais reste débattue. Enfin, plusieurs études
remettent en cause l’intérêt de l’analyse par immunohistochimie du ganglion sentinelle à la fois sur le plan
pronostique mais aussi sur le bénéfice de la reprise du curage axillaire en cas de positivité du ganglion sentinelle.
J.Y. Pierga, V. Diéras
»» Le catalogue des altérations moléculaires des carcinomes séreux de haut grade a été publié par le
consortium The Cancer Genome Atlas (TCGA).
»» Le traitement de maintenance par bévacizumab ou olaparib est efficace dans les formes avancées de
cancer de l’ovaire.
»» Le ciblage de la voie mTOR est prometteur dans les cancers de l’endomètre.
P. Cottu
»» Les cancers bronchiques doivent bénéficier d’un diagnostic moléculaire.
»» Erlotinib ou géfitinib peuvent être prescrits en première ligne chez les patients dont la tumeur présente
une mutation de l’EGFR.
»» La maintenance de continuation par pémétrexed améliore la survie sans progression..
»» La maintenance par pémétrexed améliore la survie sans progression par rapport au bévacizumab seul.
D. Moro-Sibilot
L’année 2011 pourrait, pour résumer, être l’année des petits avancements. Cependant, elle fut à l’origine
d’actualisations d’études majeures concernant l’évaluation de nouvelles combinaisons thérapeutiques et
la recherche de facteurs prédictifs. Ces éléments sont autant de facteurs qui participeront à l’amélioration
de la prise en charge de nos patients fragiles, pour lesquels les ressources thérapeutiques sont malheureusement
encore limitées.
M.P. Sablin
Dans le domaine des tumeurs digestives, l’année 2011 aura été marquée par la publication de grands
essais qui feront date car ils constituent des avancées majeures. Cela concerne le traitement des tumeurs
endocrines pancréatiques, avec le sunitinib et l’évérolimus, et le cancer du pancréas avec la publication de
l’essai FOLFIRINOX, 3 essais positifs qui changent d’ores et déjà les habitudes de traitement. On retiendra
également l’arrivée du panitumumab dans l’arsenal thérapeutique des tumeurs colorectales avancées,
en première ligne en association avec le FOLFOX et en deuxième ligne en association avec le FOLFIRI.
Enfin, un nouvel antiangiogénique, l’aflibercept (VEGF-trap), fait son entrée parmi les médicaments dont
il faudra tenir compte à l’avenir dans la stratégie thérapeutique des cancers colorectaux métastatiques.
Coordination : C. Tournigand
»» 2011 fut encore une grande année marquée l’enregistrement de l’abiratérone, du cabazitaxel, du dénosumab, la positivité des études de phase III du MDV3100 et de l’alpharadine. Il faut aussi relever la
confirmation à 15 ans du bénéfice de la prostatectomie versus surveillance dans l’étude suédoise ainsi que la validation de l’hormonothérapie intermittente dans les rechutes biologiques après traitement radical.
»» Pour 2011, il faut surtout relever, sur le plan biologique, un nouveau phénotype épigénétique (MRES+)
associé à une voie agressive de progression tumorale liée à la voie des CIS dans les tumeurs de vessie et
au plan clinique
»» Trois études randomisées ont apporté des résultats susceptibles d’enrichir l’arsenal thérapeutique : le T-BEP dans les formes à pronostic intermédiaire, l’axitinib en deuxième ligne du cancer du rein, la combinaison dose dense tous les 15 jours de gemcitabine + cisplatine dans certains cancers urothéliaux avancés
chez des sujets jeunes en bon état général.
Coordination : P. Beuzeboc
L’année 2011, comme les précédentes, a connu des évolutions des soins de support au niveau international.
Plusieurs recommandations ont été présentées, notamment dans le domaine des nausées et vomissements,
de la douleur, mais également sur les toxicités cutanées des thérapies ciblées. Un point fondamental des
2 dernières années est l’évolution de la vision des soins de support, qui doivent aujourd’hui s’intégrer,
en parfaite complémentarité, aux soins prodigués par les équipes en charge des traitements spécifiques.
L’objectif poursuivi est celui d'une prise en charge globale et optimale des patients atteints de cancer.
F. Scotté, S. Richard, J. Gachet, N. Pecuchet, E. Kempf, S. Oudard
L’année 2011 a été francophone pour l’oncogériatrie
avec les résultats de l’étude
ONCODAGE validant le G8 comme test de
dépistage gériatrique pour les patients âgés atteints
de cancer, mais aussi avec la création de la Société
francophone d’oncogériatrie, dont les journées
annuelles d’Échange de pratiques en oncogériatrie
(EPOG) ont concerné cette année la prise en charge
des cancers urologiques du sujet âgé, et enfin avec
le congrès de la Société internationale d’oncologie
gériatrique (SIOG) à Paris en cette fin d’année. À la
question “À quel âge sommes-nous ‘âgés’ ?”, force
est de constater que la réponse a passé la barre
des 70 ans et que nous allons vers le consensus
des 75 ans et au-delà, comme nous le recommandaient
les gériatres. L’étude PRODIGE 20 (figure 1)
sur la faisabilité du bévacizumab en première ligne
métastatique chez le patient âgé atteint de cancer
colorectal ainsi que l’étude GERICO 10 (figure 2)
dans le cancer réfractaire de la prostate incluent
les patients à partir de 75 ans.
E. Carola